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Les deux frères Ludwig, natifs d’Eguisheim,
près de
Colmar. Victor porte l’uniforme français
et Albert l’uniforme allemand.
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Voilà mon dernier article sur la Grande Guerre de cet été
2017. Quand je faisais des recherches dans la bibliothèque de l’Abri de Guerre
à Uffholtz en Alsace je suis tombé sur les frères Ludwig, natifs d’Eguisheim,
près de Colmar. Bon qu’est-ce qu’il y a de particulier parmi les deux Alsaciens ? Victor porte l’uniforme français et Albert l’uniforme
allemand. On pourrait se demander par quel nom d’une pipe c'est arrivé. Quelle culture, quelle influence pour les diverger dans les deux directions opposées ?
Selon l’auteur et généalogiste Jean-Luc Beaucarnot, dans Nos familles dans la Grande Guerre il
laisse l’idée que les deux frères se sont « séparés » naturellement.
Victor, l'aîné né en 1876 (6
ans après la défaite de la France contre la Prusse) a pris l’influence de son
père qui, comme lui, avait refusé l’annexion, disant « mon père a combattu dans l’armée française en 1870, je ferai le
même ». Néanmoins on reste sans
savoir pourquoi Albert, cadet de deux ans, a choisi l’armée allemande. On
pourra inférer qu’au contraire de son frère, qui était parti à Paris en 1911,
Albert a continué en Alsace et éventuellement et naturellement s’est fait
mobiliser par les Allemands. De son côté Victor « il sera incorporé en 1914 au 12e régiment de Ligne,
et montera au front, faisant un temps dans la boue des tranchées, avant de
passer dans le Haut-Doubs, au service du contrôle postal. »
Beaucarnot continue disant que les deux
Alsaciens se sont rencontrés chez eux et qu'au lendemain de l’Armistice, ils
se sont fait le cliché, le 12 novembre 1918. « L’Histoire n’avait plus besoin d’eux et, eux n’avaient pas
besoin d’elle. Le cliché semble avoir été pris de façon complaisante, pour la
presse de l’époque et dans la volonté générale d’apaisement, même si le regard
du soldat prussien semble plus fier et un rien crâneur, mais qui ne saurait
être autre, chez celui incarnant ici l’armée vaincue. »
Voilà l'esprit des alsaciens divisés au milieu par contrainte ou volonté propre à choisir se mobiliser ou se réfugier ailleurs pour ne pas confronter son propre sang https://myafricatwinxrv750.blogspot.com/2019/05/la-borne-frontiere-n111.html. Les histoires des familles divisées qui comme les Ludwig ont choisi des camps différents ont eu des fois des résultats bien différents des deux frères. Ceux-là ont finalement été choisis pour représenter une union paisible après la guerre et comme Beaucarnot suggère, éventuellement ils ont gardé les deux uniformes dans le même coffre au grenier.
Voilà l'esprit des alsaciens divisés au milieu par contrainte ou volonté propre à choisir se mobiliser ou se réfugier ailleurs pour ne pas confronter son propre sang https://myafricatwinxrv750.blogspot.com/2019/05/la-borne-frontiere-n111.html. Les histoires des familles divisées qui comme les Ludwig ont choisi des camps différents ont eu des fois des résultats bien différents des deux frères. Ceux-là ont finalement été choisis pour représenter une union paisible après la guerre et comme Beaucarnot suggère, éventuellement ils ont gardé les deux uniformes dans le même coffre au grenier.
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Joyeux Noël (2005) de Christian Carion |
Confraternité avec l’ennemi ? De la Grande Guerre
arrivent aussi des histoires de fraternisation entre soldats alliés et allemands.
Le film « Joyeux Noël » de Christian Carion retraite un événement
qui a pris place en décembre 1914 quand le prince allemand Wihelm a envoyé un
chanteur de l’opéra de Berlin en visite au front.
Le film commence par montrer la perspective de la
propagande en utilisant des enfants dans une classe en plein « lavage
cérébral ». À la fois, un français, un anglais et finalement un allemand.
Le message c’est que l’ennemi est inhumain, méchant, un vrai monstre. Un
envahisseur qu’on a besoin de détruire. L’idée de « let’s got them or
they’ll come after us » (allons les chercher avant qu’ils nous avalent)… le
vieil adage de propagande justificateur d’autant de guerres. Mais l’extraordinaire
arrive : on arrête la guerre pour fraterniser dans ce Noël qui nous a unis,
avec un Sauveur commun.
Mais de nouveau je reviens à la même blague de l’article https://myafricatwinxrv750.blogspot.com/2019/05/la-borne-frontiere-n111.html
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L'écossais, l'allemand et le français |
On arrête la guerre On pourrait rajouter une autre ligne dans l’histoire comique : "maman m’a dit de stopper la guerre pour aller boire un verre avec l’ennemi", ou "hé, les gars, je viens vous annoncer qu'on va vous bombarder à 15 heures, pourquoi vous ne venez pas chez nous?" Blague ou non c'est dans cet esprit que Christian Carion a conduit son film. Mais finalement arrêter la guerre, même que pour quelques heures c’est une trahison. C’est une trahison aux autres camarades qui continuent à faire la guerre quelques kilomètres à côté dans la ligne ; c’est une trahison aux généraux qui veulent que vous continuiez à verser votre sang inutilement ; c’est une trahison à votre drapeau qui veut que vous preniez les régions perdues ; c’est enfin une trahison à tous les ennemis de la paix, de la convivialité, du partage, de l’acceptation de l’autre qui est diffèrent ; c’est à la fin une trahison au système qui transforme toujours les guerres en marchés très lucratifs où l'incontournable appétit que les nations ont de s'agrandir, soit de territoire, soit de richesses.
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Les écossais jouent Adeste Fidelis |
« Joyeux Noël » montre que finalement nous
sommes tous des hommes, avec des photos de ceux que nous aimons, fils d'une
mère à qui nous manquons, d'un père qui nous attend, d'une sœur qui veut nous retrouver.
Des voix s’élèvent en chantant musiques communes à tous
les chrétiens. Des instruments prennent la place du grondement des canons, des
explosions des obus, du déchiqueter des mitrailleuses. La chanson de Noël qui transforme le conflit en une œuvre périssable. La guerre s’arrêtera un jour. Le
chant de Noël reste pour toujours.
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Oeuvre de l'artiste André Vedel en hommage à son grand-père victime dans la guerre 14-18 |
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